Le maillon allemand du réseau Echelon bientôt rayé de la carte


À l'heure où le Parlement européen rend public son prérapport sur le système Echelon, les Américains décident de fermer leur station d'écoute "officieuse" en Allemagne.

Par Estelle Dumout et Jerome Thorel, ZDNet France
5 juin 2001


La base militaire américaine de Bad Aibling (Bavière), considérée comme l'une des plus importantes stations d'écoute censée servir le système Echelon, devrait fermer ses portes en septembre 2002.

Le quotidien bavarois Münchner Merkur a eu accès à un dossier des services secrets de l'armée américaine, qui affirme que le Pentagone a ordonné cette fermeture dans le cadre d'une réorganisation de ses forces en Europe. Le commandant de la base, Clyde Harthcock, a confirmé la véracité de ces informations au quotidien.

Nous apprenons l'information quelques jours après que le Parlement européen a décidé, suite à des fuites, de publier la version préliminaire du rapport de sa commission d'enquête sur Echelon. Daté du 18 mai 2001 et rendu public le 3 juin, ce document revient notamment sur la visite avortée des eurodéputés à Washington. Un prérapport qui évoque bien entendu le rôle de cette station d'écoute des environs de Munich.


Echelon repose sur la coalition "UKUSA"

Bad Aibling est la seconde station la plus importante en Europe après les installations de Menwith Hill en Grande-Bretagne. Différence de taille : la République fédérale n'est pas, officiellement, membre de la coalition "UKUSA" sur laquelle repose les accords d'espionnage entre Américains et Britanniques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. UKUSA, rejoint plus tard par les Canadiens, Australiens et Néo-zélandais, constitue le sanctuaire des moyens mis en commun, qu'il s'agisse d'Echelon (interception des signaux satellitaires) ou d'autres types d'interception.

La base Bad Aibling, comme le confirme la commission des eurodéputés*, a permis à la coalition d'intercepter les télécommunications qui transitent sur une grande partie du continent européen y compris en Russie. La décision de la fermer a été motivée par les avancées technologiques de l'armée américaine, avance le Merkur. Elle aurait en effet décidé de remplacer ses bases terrestres par des satellites d'espionnage. Cette option a au moins l'avantage d'être moins voyante. Anecdote : le rapporteur de la commission du Parlement, Gerhard Schmid, est député de Bavière.

 

* Ce que savent les députés européens sur Bad Aibling :
Base annexée par les Etats-Unis en 1952. Effectif : 750 agents ou militaires américains. Equipements : 14 antennes paraboliques (diamètre maximum : 18 mètres). Mission officielle : relais de communications radio (type HF et satellites) pour le département américain à la Défense (DOD) et la recherche. Mission officieuse : base terrestre pour interceptions des signaux de satellites (SIGINT), et notamment tous les satellites russes de télécommunications.
Selon le rapport, qui cite la presse, cette station aurait permis à General Motors d'espionner l'un de ses cadres, Jose Ignacio Lopez, parti chez Volkswagen en 1992 avec, paraît-il , des documents secrets dans ses bagages (Lopez a été reconnu coupable par contumace en mai 2000 par un jury fédéral des États-Unis).


Bad Aibling , Allemagne